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| Auteur | Message |
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cébé

Nombre de messages: 3800 Date d'inscription: 30/11/2004
 | Sujet: Re: civilisation ? Mer 26 Aoû - 12:07 | |
| une brève histoire de l'UtopieAvec une page intéressante Les conséquences de la perfection Les contre-utopies ne sont pas le contraire des utopies, mais des utopies en sens contraire. Elles en récupèrent fidèlement le schéma général, les thèmes et les lieux communs, pour démontrer que chacun des bienfaits de l’utopie finit par se retourner contre son bénéficiaire, par menacer ce qui constitue proprement son humanité. Et elles le prouvent toujours de la même manière, en poussant la logique jusqu’à son terme, en imaginant l’utopie enfin achevée, close, parfaite, et en soulignant quelles seraient les conséquences, grotesques ou terribles, de cette “ perfection ”. Par le biais de la caricature, elles démasquent le double jeu de l’utopie, les cauchemars dissimulés sous les merveilles promises. Trop de raison nuit La contre-utopie apparaît d’abord au début du XVIIIe siècle, par opposition à un discours utopique qui tend à se répandre et à se banaliser. On en découvre un premier exemple saisissant dans Les Voyages de Gulliver de Swift (1726), qui comportent au moins deux contre-utopies. Sur l’île de Laputa, la raison et la géométrie règnent en maîtresses despotiques. Tout y est subordonné à l’obsession du progrès, mais tout va de travers : maisons en ruines, champs désertés, population misérable. Contre-utopie “ primaire ” qui, sur un mode bouffon, rappelle que la raison pure, lorsqu’elle se mêle de régenter le monde, touche à la folie et au ridicule. Celle qui figure dans le quatrième et dernier voyage est plus subtile. Abordant une île inconnue, Gulliver découvre une nation de chevaux intelligents, organisés en une république parfaite et régnant sur des humains dégénérés, aussi abrutis que vicieux. D’où une double conclusion, conforme au pessimisme de Swift : d’une part, les hommes, définitivement mauvais, sont encore moins capables que les bêtes d’accéder à la perfection ; d’autre part, l’idéal lui-même n’est pas dépourvu d’ambiguïté : raisonnables et vertueux, les chevaux utopiques sont aussi dépourvus de charité et de sentiments, sans faiblesse mais sans bonté. Ces animaux sont des machines, des robots avant l’heure, et c’est aussi ce que deviendraient, au mieux, les hommes qui chercheraient à les contrefaire. L’ombre du totalitarisme Pourtant, malgré le génie de Swift, la contre-utopie demeurera longtemps un phénomène marginal. Ce n’est qu’au tournant du XXe siècle qu’elle connaît son essor, au moment où l’utopie n’apparaît plus simplement comme un discours, mais comme une réalité en train de se faire et dont on commence à percevoir le double fond (H. G. Wells, Quand le dormeur s’éveillera, 1899 ; E. M. Forster, The Machine Stops, 1912). C’est surtout avec l’avènement des régimes totalitaires que la contre-utopie prend tout son sens, et son importance. Des œuvres aussi diverses que Nous autres de Zamiatine, 1984 d’Orwell, Sur les falaises de marbre de Jünger, Le Meilleur des mondes de Huxley dénoncent en effet, avec une vigueur et une prescience saisissantes, la parenté foncière existant entre totalitarisme et utopie. La génération d’après-guerre prend le relais (R. Bradbury, Farenheit 451 ; H. Harriston, Soleil vert ; I. Levin, Un bonheur insoutenable) et parvient, avec le recul, aux mêmes conclusions : l’utopie où l’on force les hommes à être heureux, par la propagande incessante, l’eugénisme, la lobotomie ou la chimiothérapie, est incontestablement totalitaire. Réciproquement, le totalitarisme qui organise l’amnésie collective et l’abolition du passé sous le contrôle “ bienveillant ” de Big Brother est terriblement utopique, si grimaçante soit la perfection qu’il propose. C’est par cette dénonciation que la contre-utopie s’avère capitale : parce qu’elle fournit, sous forme romanesque, une clé pour déchiffrer le sens profond de l’utopie, ses enjeux et ses menaces.
_________________ "Lorsque l’expérience et les faits enseignent une vérité philosophique contraire à un raisonnement rationnel, c’est à l’expérience de s’imposer et au raisonnement de se réformer." St Thomas d'Aquin
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|  | | ronald

Nombre de messages: 158 Localisation: France Date d'inscription: 04/08/2009
 | Sujet: Re: civilisation ? Jeu 27 Aoû - 10:18 | |
| Et oui, prétendre conduire vers un monde idéal est en fait une horreur car on peut supposer qu'il s'agit d'un monde fini, indépassable. Alors que tout est changeant. Est-ce pour cela que les paradis, les meilleurs des mondes, ne sont accessibles qu'après la mort. Pourtant ceux qui parlent de paradis ne prônent-ils pas un passage obligé pour y accéder: ce monde qui permettrait un accès au paradis n'est-il pas aussi une utopie ? Alors dans quelle direction aller, pour améliorer ( et non atteindre un idéal définitif) nos civilisations. Où est l'axe du bien et celui du mal en matière de civilisation ? |
|  | | Atil

Nombre de messages: 5044 Localisation: Frontière franco-belge Date d'inscription: 30/01/2005
 | Sujet: Re: civilisation ? Ven 28 Aoû - 15:51 | |
| | ronald a écrit: | Solidarité : soins gratuits, possibilité de refaire ses dents, des lunettes des sonophones, des vaccinations, indemnités professionnelles pour maladies, aides aux veuves et orphelins, éducation instruction gratuite ... |
La solidarité ne serait donc possible que dans les pays riches ? Comment les hommes de médecine vont-ils vivre si tout ce qu'ils font est gratuit ? Comment va-t-on payer des indemnités si les caisses de l'état sont vide ?
Souvent on observe plutôt l'inverse : Ce sont les pays pauvres ou l'on trouve le plus de solidarité. mais cette solidarité ne vient pas du gouvernement, elle vient des hommes du peuples qui s'entraident spontanément.
Une solidarité qui vient de l'état c'est de la fausse solidarité. _________________ #Atil / #Azerty
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|  | | Atil

Nombre de messages: 5044 Localisation: Frontière franco-belge Date d'inscription: 30/01/2005
 | Sujet: Re: civilisation ? Ven 28 Aoû - 15:55 | |
| | ronald a écrit: | Et oui, prétendre conduire vers un monde idéal est en fait une horreur car on peut supposer qu'il s'agit d'un monde fini, indépassable. Alors que tout est changeant. Est-ce pour cela que les paradis, les meilleurs des mondes, ne sont accessibles qu'après la mort. Pourtant ceux qui parlent de paradis ne prônent-ils pas un passage obligé pour y accéder: ce monde qui permettrait un accès au paradis n'est-il pas aussi une utopie ? Alors dans quelle direction aller, pour améliorer ( et non atteindre un idéal définitif) nos civilisations. Où est l'axe du bien et celui du mal en matière de civilisation ? |
En fait ce n'est pas à la civilisation de devenir "parfaite". C'est à nous de devenir "parfaits". L'utopie doit venir du fond de chacun et non pas venir de l'extérieur et être impoosée d'en haut. Sinon c'est du despotisme. _________________ #Atil / #Azerty
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|  | | cébé

Nombre de messages: 3800 Date d'inscription: 30/11/2004
 | Sujet: Re: civilisation ? Ven 28 Aoû - 16:06 | |
| Tu rejoins Benoît XVI dans sa lettre encyclique Spe SalviAux chiffre 20 et 21, il dit : | Citation: | 20. Le dix-neuvième siècle ne renia pas sa foi dans le progrès comme forme de l'espérance humaine et il continua à considérer la raison et la liberté comme des étoiles-guides à suivre sur le chemin de l'espérance. Les avancées toujours plus rapides du développement technique et l'industrialisation qui lui est liée ont cependant bien vite créé une situation sociale totalement nouvelle: il s'est formé la classe des ouvriers de l'industrie et ce que l'on appelle le « prolétariat industriel », dont les terribles conditions de vie ont été illustrées de manière bouleversante par Friedrich Engels, en 1845. Pour le lecteur, il devait être clair que cela ne pouvait pas continuer; un changement était nécessaire. Mais le changement aurait perturbé et renversé l'ensemble de la structure de la société bourgeoise. Après la révolution bourgeoise de 1789, l'heure d'une nouvelle révolution avait sonné, la révolution prolétarienne: le progrès ne pouvait pas simplement avancer de manière linéaire, à petits pas. Il fallait un saut révolutionnaire. Karl Marx recueillit cette aspiration du moment et, avec un langage et une pensée vigoureux, il chercha à lancer ce grand pas nouveau et, comme il le considérait, définitif de l'histoire vers le salut – vers ce que Kant avait qualifié de « règne de Dieu ». Une fois que la vérité de l'au-delà se serait dissipée, il se serait agi désormais d'établir la vérité de l'en deçà. La critique du ciel se transforme en une critique de la terre, la critique de la théologie en une critique de la politique. Le progrès vers le mieux, vers le monde définitivement bon, ne provient pas simplement de la science, mais de la politique – d'une politique pensée scientifiquement, qui sait reconnaître la structure de l'histoire et de la société, et qui indique ainsi la voie vers la révolution, vers le changement de toutes les choses. Avec précision, même si c'est de manière unilatérale et partiale, Marx a décrit la situation de son temps et il a illustré avec une grande capacité d'analyse les voies qui ouvrent à la révolution – non seulement théoriquement: avec le parti communiste, né du manifeste communiste de 1848, il l'a aussi lancée concrètement. Sa promesse, grâce à la précision des analyses et aux indications claires des instruments pour le changement radical, a fasciné et fascine encore toujours de nouveau. La révolution s'est aussi vérifiée de manière plus radicale en Russie.
21. Mais avec sa victoire, l'erreur fondamentale de Marx a aussi été rendue évidente. Il a indiqué avec exactitude comment réaliser le renversement. Mais il ne nous a pas dit comment les choses auraient dû se dérouler après. Il supposait simplement que, avec l'expropriation de la classe dominante, avec la chute du pouvoir politique et avec la socialisation des moyens de production, se serait réalisée la Nouvelle Jérusalem: alors, toutes les contradictions auraient en effet été annulées, l'homme et le monde auraient finalement vu clair en eux-mêmes. Alors tout aurait pu procéder de soi-même sur la voie droite, parce que tout aurait appartenu à tous et que tous auraient voulu le meilleur les uns pour les autres. Ainsi, après la révolution réussie, Lénine dut se rendre compte que, dans les écrits du maître, il ne se trouvait aucune indication sur la façon de procéder. Oui, il avait parlé de la phase intermédiaire de la dictature du prolétariat comme d'une nécessité qui, cependant, dans un deuxième temps, se serait avérée d'elle-même caduque. Cette « phase intermédiaire », nous la connaissons bien et nous savons aussi comment elle s'est développée, ne faisant pas naître un monde sain, mais laissant derrière elle une destruction désolante. Marx n'a pas seulement manqué de penser les institutions nécessaires pour le nouveau monde – on ne devait en effet plus en avoir besoin. Qu'il ne nous en dise rien, c'est la conséquence logique de sa façon d’envisager le problème. Son erreur est plus en profondeur. Il a oublié que l'homme demeure toujours homme. Il a oublié l'homme et il a oublié sa liberté. Il a oublié que la liberté demeure toujours liberté, même pour le mal. Il croyait que, une fois mise en place l'économie, tout aurait été mis en place. Sa véritable erreur est le matérialisme: en effet, l'homme n'est pas seulement le produit de conditions économiques, et il n'est pas possible de le guérir uniquement de l'extérieur, en créant des conditions économiques favorables. |
_________________ "Lorsque l’expérience et les faits enseignent une vérité philosophique contraire à un raisonnement rationnel, c’est à l’expérience de s’imposer et au raisonnement de se réformer." St Thomas d'Aquin
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|  | | Atil

Nombre de messages: 5044 Localisation: Frontière franco-belge Date d'inscription: 30/01/2005
 | Sujet: Re: civilisation ? Ven 28 Aoû - 16:26 | |
| Je pourrai donc devenir pape !  _________________ #Atil / #Azerty
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|  | | Atil

Nombre de messages: 5044 Localisation: Frontière franco-belge Date d'inscription: 30/01/2005
 | Sujet: Re: civilisation ? Ven 28 Aoû - 16:29 | |
| A noter que c'est compatible avec la parole de jésus : " le royaume de Dieu est A L'INTERIEUR de nous" (ce qui est la bonne traduction, et non pas "AUTOUR de nous"). Mais ce n'est pas compatible avec une "Jérusalem céleste" qui descendrait toute faite du ciel en nous étant imposée. _________________ #Atil / #Azerty
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|  | | ronald

Nombre de messages: 158 Localisation: France Date d'inscription: 04/08/2009
 | Sujet: Re: civilisation ? Ven 28 Aoû - 17:09 | |
| de Benoît XVI : ( cité par Cébé) | Citation: | | Le progrès vers le mieux, vers le monde définitivement bon, ne provient pas simplement de la science, mais de la politique – d'une politique pensée scientifiquement, qui sait reconnaître la structure de l'histoire et de la société, et qui indique ainsi la voie vers la révolution, vers le changement de toutes les choses. |
Mais oui ! On peut constater que le siècle passé n'a pas su penser scientifiquement, au point de prévoir mieux le changement de toutes choses. Beaucoup d'éléments de connaissances ont manqué aux communismes concernant la nature humaine, le développement en quelques directions et les conséquences apportées. Les soviets et l'electricité n'ont pas suffit. Depuis, la psychologie, la biologie, l'informatique et les autoroutes de l'information, et une foule d'autres éléments sont apparus qui peuvent nuire ou aider. Nous sommes tous solidaires, que nous le voulions ou non, et les initiatives individuelles ne peuvent suffire à faire une cohérence sociale. La solidarité est d'abord dans l'organisation politique du monde, dans les lois élaborées... Gouverner c'est prévoir : jamais les outils pour cela n'ont été aussi performants. Nous pourrions maîtriser bien des désordres. Le mal ( notre pays de France en est une parfaite illustration) n'est pas que des savants ne puissent penser une meilleure civilsation, le mal est que les décideurs n'ont qu'une science efficace : savoir ce qui avec l'aide des journalistes, avec l'aval des banquiers, les conduira vers la bonne paie et les voitures de fonction...Tout pour les élections, c'est leur lutte finale ! Les banquiers, les ministres, les présidents divers sont indispensables. Ils leur faut des compétences, de la science et du savoir faire, mais ils osnt au service du monde et non au sommet pour se servir du monde. Tout est une histoire d'organisation mais aussi de responsabilités. Chaque individu, si humble soit-il est responsable de ce qui lui arrive. Pas de bien être sans lucidité et responsabilité de chacun. Et chaque dirigeant devrait être également responsable et punissable devant ceux qui l'ont élu et aussi devant des instances internationnales élues par les plus humbles. Il y a de quoi réfléchir... bien après Marx, les goulags et autres Irak et Guantanamo. |
|  | | cébé

Nombre de messages: 3800 Date d'inscription: 30/11/2004
 | Sujet: Re: civilisation ? Ven 28 Aoû - 18:30 | |
| C'est tout l'Homme dans sa splendide vertu et sa non moins brillante perversité. L'Homme, face à lui-même ne reste qu'un Homme, vertueux et lâche. Il ne peut être sujet (celui qui décide) et objet (celui qui obéit) en même temps puisqu'il est naturellement tourné vers lui-même. _________________ "Lorsque l’expérience et les faits enseignent une vérité philosophique contraire à un raisonnement rationnel, c’est à l’expérience de s’imposer et au raisonnement de se réformer." St Thomas d'Aquin
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|  | | ronald

Nombre de messages: 158 Localisation: France Date d'inscription: 04/08/2009
 | Sujet: Re: civilisation ? Sam 29 Aoû - 16:37 | |
| Seulement l'homme est rarement seul face à lui-même pour toute une vie. L'homme est un être social, culturel. Il est donc un peu le produit de son environnement social. C'est pourquoi il ne cessera de désirer une civilisation qui sera le meilleur cadre possible à l'épanouissement de ce qu'il croit avoir de bon. Mais il y a des malfaisants structurés qui jouissent des malheurs du monde, de la crédulité, des maladies,des oppressions, des peurs ... Il n'y a pas "l'homme", il y a les hommes de toutes configurations. Après tout, de leurs oppositions, de leur coordinations, de leurs rêves, ils élaborent des civilisationbs en concurrences les unes avec les autres. |
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