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 Hutu et Tusti

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cébé

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MessageSujet: Hutu et Tusti   Jeu 30 Aoû 2007 - 11:33

Au Rwanda, les Hutus et les Tutsis essaient de retrouver une vie commune, faite d'entraide lors des récoltes ou de cohabitation dans les écoles, etc ....
Mais rien n'est résolu pour autant, s'agissant d'oublier et de pardonner le génocide.
..... Même si cela arrange bien et le gouvernement et la communauté internationale de parler et d'imaginer un Pardon National, y compris en mettant des fonds à disposition pour une telle action comme ils pourraient l'être pour une action sida .
Les rescapés ne peuvent pas vraiment parler de ce qu'ils ont vécu, sauf à le faire individuellement et même alors, ce qui est indicible ne peut se vivre que dans le silence. Ainsi en est-il aussi pour les tueurs qui ne peuvent pas se retrouver face à ce qu'ils ont fait, sous peine de devenir fous.
Il y a donc un effet de dépendance de la part des survivants face à leurs bourreaux, puisqu'ils ne peuvent connaître les circonstances de la mort de leurs proches qu'en entendant les mots des responsables .....


Sans aller jusqu'à cet extrême, dans nos vies personnelles il nous arrive, victimes, de devoir cohabiter avec nos tourmenteurs. Sans pouvoir obtenir des réponses et souvent sans savoir poser les bonnes questions ...

Comment gérer cela ?

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Milou 74

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MessageSujet: Re: Hutu et Tusti   Jeu 30 Aoû 2007 - 17:34

Comme certains d'entre vous le savent, fin 2006, j'ai participé à un atelier d'écriture avec des demandeurs d'asile africains d'un centre d'accueil ouvert.

Certains sont en Belgique depuis plusieurs années en attendant qu'on décide de leur sort. D'autres viennent d'arriver avec une "histoire" déjà bien pleine...

A propos des ethnies du Rwanda, je vous invite à lire le témoignage d'Auguste sur : http://www.parolesdexils.be/

J'ai passé des heures inoubliables avec ce garçon attachant et pourtant si fragile. Nous avons tissé des liens très forts durant nos rencontres. Comme l'animatrice de l'atelier le proposait, chaque africain a amené l'un de nous vers l'endroit qu'il préférait dans le "centre d'accueil". Auguste m'a invité à le suivre et s'est arrêté devant la grille ouverte en me disant simplement: "dès que je l'ai franchie, je suis libre !"

Il n'a que 18 ans et a le courage de raconter...
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cébé

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MessageSujet: Re: Hutu et Tusti   Jeu 30 Aoû 2007 - 19:52

Merci Milou! .. J'ai lu avec émotion ce que raconte Augustin et pour éviter la peine de chercher le témoignage, je le mets là, en quatre parties pour ne pas décourager les lecteurs.

Auguste, 18 ans, alias Mr. « Sans valeur », Rwanda, Belgique.

Les jours sont vite passés, mais mal.

Souvent le monde me regarde avec ses yeux sans amour, plein de haine, me reproche d’être injuste de lui dire qu’il est sans amour, et que je n’ai jamais compris. Comment a-t-il pu tout avaler, sans me laisser un membre de ma famille ? Tout avaler, le sang des saints, les enfants sans haine qui ont connu une souffrance atroce qu’ils n’ont jamais méritée. Le monde sans cœur qui a ouvert sa grande gueule pour avaler le sang d’une mère éventrée, pour tuer l’ange qui attendait le jour J pour venir chez les autres, et les consoler, ou les protéger de ce maudit monde. Je pense que Monsieur le Monde n’a jamais su le vrai sens du mot « injuste », lui qui est égoïste. Et comme ça, Monsieur le monde serait mon élève. J’ignore s’il serait un bon élève ! Mais je le lui souhaite. Je n’ai plus peur de toi, Monsieur le Monde, car je suis furieux envers toi ! Je suis resté seul sur un tout petit point de ton corps qui ne m’appartient même pas, tes disciples me pourchassent jour et nuit, sans me laisser le temps de m’asseoir, ni de boire une goutte d’eau, qui reste dans ma bouteille à moitié sèche ! Ca crée la haine en moi. Souvent, j’ai envie de me livrer à toi, et j’ai peur que tu me refuses. J’ignore si mon sang est amer, ou si tu n’aimes pas le sang mélangé à la haine. Hé, Monsieur le monde, j’avais oublié de te dire que, si mon cœur bat, ce n’est pas pour survivre. C’est parce que tu l’obliges. De mon côté, je regarde l’horizon et j’attends que quelqu’un me tende la main pour aller voir Monsieur l’Avenir, mais il n’y a personne pour me la tendre, et tu sais pourquoi ? Bien sûr que non ! Si tu le savais, tu n’allais pas me garder sur toi ! Je vais te le dire. C’est parce que tu m’as laissé seul, et que tu ignores mon existence. Je n’ai personne à qui apporter mon aide, tous ceux qui pourraient compter sur moi, tu les a avalés ! Tu vois, Monde, ça s’appelle solitude, ou se sentir seul au monde. J’aimerais bien que tu soulignes se sentir seul sur toi, maudit monde ! Monde, tu es trop vieux pour comprendre, et j’ignore si la phrase en anglais, qui dit : « Time will tell », tu l’as déjà entendue. Ou si tu ignores sa signification. Ou si grammaticalement elle est fausse. Je sais ce que tu risques de me dire et, et c’est logique, tu ne dis rien ! Peut-être que tu vas comprendre, que tu seras jugé comme les autres. Je vais parler à haute voix pour t’accuser devant les hommes et les femmes qui ont du cœur, et je suis sûr et certain qu’ils vont nous dire qui d’entre nous deux est injuste, et tu va voir !

En ces temps-là, il faisait beau, des fleurs fleurissaient, les gens s’aimaient, ils partageaient tout, ils n’avaient pas peur de se marier entre eux, entre les ethnies. Personne n’avait peur de voyager seul, sans rien dans la poche, car les gens étaient accueillants. Les orphelins ne se rendaient compte de rien, car ils étaient directement intégrés dans des familles d’accueil qui ne faisaient aucune différence entre les enfants. Personne ne se rendait compte de sa pauvreté, car on partageait tout. Celui qui ne se souciait pas des autres était maudit, car il était gourmand, égoïste et pas digne de faire partie des Rwandais.

J’étais enfant, j’étais heureux. Chez nous, nous étions cinq. Si je dis cinq, c’est parce que il n’y avait aucune différence entre nos parents et nous, à part qu’ils étaient grands, géants par rapport à nous. Sinon, nous avions le temps de nous rencontrer, de jouer, de rire… et je n’ai jamais vu le temps passer. Ma mère était enseignante à l’école primaire. Elle aimait les enfants et c’était réciproque. Chez nous, il y avait toujours des enfants, bien que nous étions trois. Des fois, on dormait à dix dans le salon, ou plus ! La plupart étaient nos voisins ou alors des collègues de classe. Tout le temps, il y avait des enfants, et c’était amusant. L’ambiance régnait chez nous. Souvent les familles des enfants, ou tout simplement les voisins apportaient des provisions. A l’époque, je ne me suis jamais posé de questions, je trouvais ça un peu flou. Préparer à manger pour autant de personnes, ce n’était pas facile. Nous étions trois enfants, deux filles et un garçon. Moi, j’étais au milieu. Ce qui explique qu’il y avait plus de filles qui venaient que de garçons.

Des fois, à l’école, on faisait le contrôle des ethnies en classe, et nous étions séparés en groupes. Un groupe de Hutus à part, et un groupe de Tutsis à part. Et un groupe de Twas, qui étaient moins nombreux parce qu’ils vivaient dans les forêts, et ils n’étaient pas considérés comme les autres. Moi, j’étais Hutu, car mon père l’était. Mais ma mère était Tutsi. Donc, moi et les autres qui avaient des parents de différentes ethnies, pour les classer, on se basait sur leur père. Si le père est Tutsi, l’enfant était Tutsi. Si le père était Hutu, l’enfant était Hutu. Mais normalement j’aurais du être mi-tutsi, mi-hutu, car j’avais été fabriqué par les deux ethnies ! Nous séparer en groupes était devenu un jeu, il n’y avait pas vraiment de très grands changements, sauf que tout le monde connaissait bien l’ethnie de l’autre, et souvent on aidait les enseignants à classer les absents. J’ignore s’ils le faisaient pour souligner la différence entre deux individus ou pas. Et même si on restait amis, on se sentait mieux dans son camp.

Les vrais problèmes ont commencé en 1990. Quand les FPR, un groupe de Rwandais rescapés de la guerre de 1959, qui s’étaient réfugiés en Ouganda, au Burundi et au Congo, sont revenus pour venir faire valoir leurs droits, ce qui était logique. Les Hutus ont commencé à tuer les Tutsis de Kigali, et des campagnes, pour faire chanter le FPR. Le FPR a tué des Hutus et brûlé leurs maisons. Des journaux hebdomadaires sophistiqués, qui appelaient les Hutus à agir contre les Tutsis, ont été mis en route, et on leur avait donné des noms significatifs. Tous ces journaux n’avaient qu’un seul but, détruire les liens entre les ethnies. C’est pour cette raison que j’en veux de tout mon cœur aux soi-disant intellectuels de chez nous, que ce soit ceux de cette époque-là ou ceux d’aujourd’hui. Car ils n’ont rien changé, et les victimes ce sont les illettrés ! Pour commencer, on les induit en erreur, ils s’entretuent, et après ils sont condamnés à leur tour. Et tous ces soi-disant intellectuels qui ne pensent qu’à leurs gros ventres, leurs enfants sont à l’école dans des pays puissants, et sont à l’abri. Et les pieds des disciples de Satan sont à moitié dans le pays et à moitié de l’autre côté de la frontière, et dans leur cœur ils se disent : « Au cas où… on ne sait jamais ! » C’était vraiment triste, de juste regarder autour de soi, et de voir les gens qui s’aimaient, qui partageaient tout avec leurs voisins, sans se soucier de rien, se lever un jour avec la haine, avec un cœur d’animal, à vouloir exterminer une personne innocente, qui vivait de ses mains, qui des fois t’aidait, qui ne t’avait jamais fait de mal ! Jusqu’à ce que leur cœur devienne tout noir, si sombre qu’ils font l’impossible, prendre un bébé et le frapper de toutes ses forces contre un mur parce que son père est un autre ! Se lever un jour avec l’envie de poncer sa machette pour aller découper son voisin en mille morceaux. Voir une dizaine de jeunes garçons, à l’âge de la puberté, qui violent une mère qui pourrait être leur mère, qui expérimentent une honorable mère, et qui la déshonorent après l’avoir violentée en faisant entrer des morceaux de bois dans son sexe, pour la découper juste après ! Demander aux jeunes gens de creuser une tombe pour y être enterrés vivants. A quoi bon avoir de tels intellectuels ? Qui ont été à l’école pour valoriser l’animosité et non l’humanité ? Qui ont été à l’école non pas pour la ressemblance mais pour la différence ? Je ne sais pas pourquoi ils n’ont pas été maudits à leur naissance, pourquoi ils ne sont pas morts, pour que les maîtres soient ceux qui allaient servir l’humanité et non la détruire ! S’ils avaient été maudits à devenir des arbres, au moins ils auraient servi à quelque chose !


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Dernière édition par le Jeu 30 Aoû 2007 - 19:56, édité 1 fois
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cébé

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MessageSujet: Re: Hutu et Tusti   Jeu 30 Aoû 2007 - 19:53

Un jour s’est levé, différent des autres

Il était 4h du matin. Etait-ce l’aurore ou l’aube ? Mon père est venu dans ma chambre pour me réveiller, et c’était la première fois de ma vie qu’on me réveillait. Ce n’était pas pour apprécier le beau lever du soleil de 5h15, ce n’était pas non plus pour me dire qu’il allait faire beau, c’était autre chose. C’était pour me dire que la journée n’était pas comme les autres, que le président Habyarimana était mort. J’étais touché par cette mort parce que je l’aimais bien. Je n’avais jamais eu la chance de le voir de mes propres yeux, à part à la télévision ou dans les journaux. Il était venu deux fois dans notre commune, mais j’étais trop jeune pour aller le voir. Je l’aimais bien, parce qu’il nous avait donné l’hôpital, très moderne, deux écoles secondaires bien équipées, et le reste ne m’intéressait pas. Ma mère avait tellement peur, elle n’arrêtait pas de circuler au salon, elle parlait toute seule, je ne sais pas si c’était sa prière. Mais elle murmurait des phrases et n’arrêtait pas de bouger, et mon père la scrutait, un peu perdu. Je me disais que, peut-être, il essayait de faire comprendre à ma mère qu’il fallait se maîtriser, pour ne pas nous effrayer. C’était ma première nuit pas comme les autres ! A la Radio Nationale, ils avaient mis de la musique classique, et chaque dix minutes ils repassaient le message de condoléances à la population et à la famille présidentielle. La journée, on avait arrêté les activités, tout le monde est resté chez soi. Durant cette période-là, le pays n’était pas calme, les jeunes étaient excités à cause des meetings des partis politiques. Il y avait des partis ouverts à toutes les ethnies, et il y en avait d’autres qui focalisaient sur une ethnie, par exemple un parti pour les Tutsis, et un autre, le Hutu Power. Donc tout le monde était excité contre l’autre, celui qui n’était pas dans son camp. D’où le rôle très important de tous les intellectuels, je dis bien tous les intellectuels dans la préparation du génocide au Rwanda. Ils n’ont rien fait pour changer les mentalités, ils n’ont pas averti les médias internationaux. Ils auraient dû risquer leur vie et communiquer le danger qui menaçait le pays. Ils étaient les mieux placés pour communiquer avec le monde entier. A quoi bon être ministre, député… si on ne sait pas alerter ses collègues qui sont ministres ou députés dans un autre pays ? A quoi sert la coopération entre les parlements ? Et pourtant, ils étaient au courant ! Celui qui ne l’était pas, il était suspect et il n’était plus le bienvenu. Pourquoi il n’a pas cherché à savoir pourquoi il n’était plus le bienvenu ? S’il avait cherché à comprendre ce qui se passait, il aurait découvert, et il aurait pu alerter. Mais c’est malheureusement la lâcheté des intellectuels qui a joué à l’époque. Peut-être qu’il y en a qui sont partis quelques mois avant, pour devenir des téléspectateurs comme les autres, à regarder le sang des enfants innocents, léchés par les chiens. Le cœur de l’enfant que j’étais battait, le monde était devenu trop petit pour moi aussi, c’était incroyable de regarder autour de soi, tous ses amis menacés parce qu’ils avaient un nom bizarre : Tutsi. C’est quand même stupide de se lever un matin, en portant un petit nom de rien du tout, composé de cinq lettres, qui devient la cause d’une haine qui pousse à exterminer des millions de gens innocents. Les bons jours que j’avais connus s’étaient transformés en journées tout en rouge, pour faire plaisir aux chiens et aux vautours !

Prisonniers que nous étions dans notre petite maison, en attendant la mort, ça m’a vraiment secoué. Personnellement, je voudrais vous dire que ça fait mal de rester enfermé, privé de ma liberté, et de prier le ciel pour que les journées se transforment en nuits, ou qu’il pleuve continuellement, pour décourager les tueurs. Mais Monsieur Satan a pris les devants et dévié la pluie, et ses lampes avaient remplacé la lune. La lumière, qui n’était pas la bienvenue, a divergé comme elle a pu, et les tueurs avançaient. Tout le monde avait modifié la prière à sa façon. Il y en avait qui demandaient où était passé Dieu, d’autres demandaient pourquoi ils avaient été créés. Et d’autres disaient : « Seigneur, donne nous aujourd’hui huit ou dix Tutsis à tuer. » Et si Dieu avait été là, d’après vous, qu’est-ce qu’il aurait dit ? Si vous croyez en Dieu, si vous priez de tout votre cœur, si vous pensez que vous pouvez changer le monde, si les médias, les consciences, avaient été là pour vous montrer que dans un petit pays d’Afrique, les gens s’entretuent… qu’auriez vous fait ? Peut-être que nos larmes et nos prières n’étaient pas assez fortes pour monter et être envoyées chez vous, pour que vous fassiez quelque chose. A quoi bon l’histoire, si le génocide des nazis n’a touché personne ? Et quand vous avez bien réussi vos examens nationaux, que vous avez votre poste de travail au HCR, à l’UNICEF et les autres organisations des droits de l’homme, grâce à deux ou trois petites questions sur le génocide nazi, c’est tout ce qui est important pour vous ? Ca fait quand même mal au cœur, que les religions et les écoles nous bouchent la vue et empêchent le véritable amour du prochain, qui doit venir avant les soucis d’argent. Un jour sombre s’est présenté. Et si j’ose dire, j’aurais bien voulu être un enfant né de la forêt, qui n’a jamais connu la civilisation, et qui n’a jamais vu des gens sans amour. Au moins, j’aurais chassé des bêtes sans haine, juste pour manger à ma faim.

Ils sont venus armés jusqu’au dents, avec des lances, des marteaux, des pierres, des haches, des bâtons, des couteaux, des machettes, des grenades et des mitrailleuses… Ils ont avancé droit vers un vieillard qui ne pouvait plus marcher, mais qui avait tout donné pour leur apprendre à se servir de leur tête, pour qu’ils gagnent leur vie. Le vieux les a appelés par leur nom, mais ils riaient et ils l’insultaient. Et le vieux, avec des yeux d’amour, un père digne qui avait enseigné à quelques-uns des hommes les plus respectables, il était devenu un bon à rien, la merde, le fils de pute… Personne ne reconnaissait plus l’importance de ce vieil enseignant. Un homme très baraqué poussa les autres pour donner l’exemple, et il a été le premier à frapper de toutes ses forces le bras droit d’un père qui s’était servi de tout son cœur pour construire son pays et non le détruire. Le vieux ne savait plus tenir debout. Il est tombé par terre et il criait de douleur. Le cadet du groupe n’a pas hésité et avança vers le vieux qui ne pouvait plus rien dire, découragé par sa fracture, et qui hurlait et qui tendait la main gauche pour supplier. Je me disais que le cadet allait lui tendre la main à son tour pour le mettre à l’abri, mais il a frappé le vieux d’un coup de bâton dans le dos. Et le vieux resta allongé par terre. Le baraqué prenait la machette dans sa main gauche, il la frotta sur son marteau pour la rendre encore plus coupante, il se retournait pour regarder le vieux allongé qui était essoufflé et qui l’appelait par son nom avec une voix qui ne sortait pas très bien. Il dit : « Mon fils, pas avec la machette, je t’en prie. J’ai un peu d’argent dans ma poche de droite, tu peux tout prendre et tire moi dessus avec ton arme. » Le Monsieur Diable fouillait dans la poche du vieux, trouva l’argent et il demanda si c’était tout ce qu’il avait. Et puis, sans hésiter il lui donna un coup de pied dans le ventre, le vieux poussa un cri violent et bougea la tête pour dire que c’était tout ce qu’il avait. Le baraqué ordonna qu’on tire sur le vieux, une balle, en ajoutant que si elle ne suffisait pas, ils pourraient l’achever avec des outils moins coûteux, et il est parti, laissant mourir un vieux qui l’avait toujours appelé « mon fils ».

La mort te regardait

Souvent, on se regardait, seul, perdu, la mort derrière soi. On la sentait, elle te touchait, elle te regardait en face pour souligner que tu étais à elle, et elle te laissait seul, cette maudite mort, c’est tout ce qu’elle disait à tout le monde. Et personne n’avait peur d’elle, le problème c’était la peur pour les autres.

Un mardi à 15h, il ne faisait pas beau, une mauvaise journée qui n’a jamais existé. Elle était seule avec son bébé dans le ventre, son cœur ne connaissait que du chagrin, elle tremblait de peur, mais elle était chez ses parents, qui étaient Hutus tous les deux. Son frère rentra couvert de sang partout. Il venait du travail, c’était ça le terme en ce temps satané, pour dire qu’on avait tué un bon nombre de gens. Sa sœur avait perdu ses quatre enfants et son mari, qui était Tutsi. Son frère était dans le groupe des tueurs, il a été le premier à tuer son neveu avec un coup de machette. Et le reste de la famille, ce sont ses amis qui les ont tués. Quand il a vu que sa sœur était seule entrain de pleurer, il lui demanda avec le cœur posé : « Il sort quand ton cafard, pour qu’il soit tué comme ses frères et sœurs ? » Elle se leva sans espoir de revivre, elle a ramassé un bâton et a tapé sur son frère. Mais à vrai dire, le frère n’a pas été touché fort, elle était faible, elle était enceinte. Mais elle aurait voulu sa mort. Subitement, son frère sortît et alla appeler sa bande de voyous. Quand ils sont arrivés, la sœur était toujours en train de pleurer les siens. Ils l’ont allongée par terre, déshabillée et ils ont pris le couteau, ils ont ouvert son ventre pour tuer le bébé mais avant d’arriver à tuer l’enfant, la mère était morte.

Oh, croyants, navrés de vous le dire, mais votre Dieu était parti ailleurs. S’il était miséricordieux, il n’aurait pas laissé la force du mal agir ainsi. Et si c’était pour nous punir pour nos péchés, comme il a fait pour nos ancêtres de l’Ancien Testament, il doit sûrement y avoir une étape de brûlée, car aucun prophète n’est venu pour nous avertir. Autre chose, c’est que nous n’étions pas les seuls. Je ne comprends pas, comment a-t-il pu faire pour punir des milliers, et des millions, et des milliards de gens dans ce monde ? Qu’avions-nous fait pour mériter un tel châtiment ?

Mon père, lui, était un homme de confiance, sûr de lui-même, et il était strict. C’était un dimanche noir, qui n’était plus un jour du Seigneur, un jour de partage, un jour d’affection pour tout le monde. Comment voudriez-vous qu’un tel jour existe, si les prêtres, les pasteurs, les imams… les fidèles serviteurs de Dieu, se retournent contre les œuvres de leur Dieu, pour appeler à la boucherie, pour appeler à tuer tant de monde, même le fœtus dans le ventre de la mère, et en plus dans les maisons de Dieu ? Les histoires drôles, ce n’étaient plus des blagues sur les animaux, mais sur les filles et les mères qui étaient déshonorées, déshabillées, violées, par des garçons de douze à dix-sept ans, qui suivaient l’exemple de leurs frères et pères. Mon père était parti de chez nous avec un bidon jaune pour aller puiser de l’eau à 150 mètres de chez nous, et il nous laissa enfermés. On se sentait protégés, mais sans espoir de survivre, car le principe était de tuer les Tutsis et les mélangés. Et puisque ma mère était Tutsi, nous devions subir le même sort que les autres. Cinq minutes après, mon père est revenu en courant, il n’avait pas d’eau. Il tremblait de peur, ses belles joues étaient couvertes de sueurs et aussi de larmes, son cœur battait fort, il bougeait les lèvres pour ne rien dire. Les mots ne sortaient pas. Il nous a tendu les bras et nous nous sommes levés pour l’embrasser, et il nous a serrés contre lui, tous les trois. Ma mère était effrayée, tremblait et me regardait avec des yeux qui baignaient dans les larmes. Elle réussit à se mettre debout, elle s’approchait de mon père, elle posa une main tremblante sur les larges épaules de mon père et lui demanda ce qui s’était passé. Mon père, qui était robuste et intelligent, n’arrivait plus à articuler ses paroles pour leur donner un sens. Il nous examinait chacun à son tour. Soudain, le bruit des hommes, des chiens, résonna dans mes petites oreilles, et j’ai senti une immense chaleur dans mes veines, et mon cœur s’arrêta. Je transpirais comme si c’était des vraies gouttes de pluie qui me tombaient dessus. On ne savait plus où aller, c’est indescriptible d’entendre les voix d’une trentaine d’hommes armés qui viennent chez toi, rien que pour toi, pour te tuer parce que tu es différent. Vous parlez la même langue, vous mangez la même chose, vous fréquentez la même école, vous vous entraidez pour amener les malades à l’hôpital, vous avez la même religion… la personne que tu aurais fièrement pu appeler ton frère vient chez toi rien que pour verser ton sang. Qui est de la même couleur que son sang à lui. L’histoire de l’homme nous dit que, avant d’être des hommes, nous étions des singes. Et que nous vivions de la chasse d’autres animaux. Qu’est-ce qui vous a pris, vous les hommes et les femmes de chez moi ? Pourquoi vous avez trahi vos ancêtres et osé faire ce sacrilège qui vous transforme en des animaux pire que des singes ? Et comment ça se fait, qu’après avoir tué quelqu’un, personne n’a trébuché, et senti à quel point ça fait mal ? Juste un petit rien, juste un contact léger, mais brutal, dans le cœur, qui incite à conseiller à ses amis d’arrêter. Une décision et des conseils plutôt amers. Et comment ça se fait qu’entre vous, personne ne s’est mis à la place des gens qui se faisaient tuer, pour sentir la dure épreuve qu’ils subissaient ? Cette personne-là aurait pu être le seul espoir. Et pourtant, ils étaient conscients de ce qu’ils faisaient, car le cannabis, chez nous, il n’y en pas beaucoup. Et s’il y en avait, il n’y en avait pas assez pour tout le monde. Voyez-vous combien il est difficile de pardonner une personne qui était consciente de ses actes, alors qu’elle avait mille raisons d’arrêter ? Le monde à l’envers, je vois ce que c’est, même pas dans le sens figuré ! Je l’ai vu de mes propres yeux.


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cébé

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MessageSujet: Re: Hutu et Tusti   Jeu 30 Aoû 2007 - 19:54

Les tueurs sont entrés

Les tueurs sont rentrés. Le portail métallique ne servait à rien. Un homme appela mon père par son nom et lui ordonna de sortir. Mon père hésita un peu, puis s’essuya les larmes, reprit son souffle et sortit. La voix de cet homme reprit et dit à quelqu’un d’entrer et de fouiller la maison. Deux jeunes sont rentrés, ils nous ont bousculés et nous ont ordonné de nous asseoir. Nous, on ne faisait rien qu’obéir. Nous ne savions pas ce qui allait se passer. La mort guettait à la porte d’entrée, elle chuchotait dans les oreilles des tueurs qu’elle avait soif. Au fur et à mesure qu’elle augmentait ses cris, la colère de ses disciples montait. Le chef des tueurs a regardé ma mère, qui nous avait serré contre elle, et lui a crié dessus pour qu’elle se lève. Elle ne s’est pas levée. Alors, il lui a sauté dessus pour la gifler, mais mon père a contré sa main et ne l’a pas lâchée. Un des hommes avança avec une machette, tout à coup une voix cria d’arrêter. Ils arrêtaient d’agiter leurs armes. Un monsieur avança. C’était un des meilleurs amis de mon père, qui était militaire, à l’époque. Quand ils l’ont vu, ils se sont calmés, il a appelé mon père, ils se sont salués et ils sont partis dans l’autre chambre, lui, le monsieur et le chef des tueurs, et ils ont discuté longtemps. Le chef est revenu et a appelé deux de ses tueurs, ils ont rejoint mon père et son ami. Après, ils ont appelé leurs tueurs et ils sont partis. Nous sommes restés là, ma mère et ma grande sœur pleuraient, et moi je ne comprenais rien. Je me demandais pourquoi elles n’étaient pas contentes, car la mort nous avait épargnés. Mon père est revenu avec son ami. Mon père disait à son ami qu’il se faisait beaucoup de soucis, et qu’il ne pourrait pas payer à chaque fois qu’ils revenaient. Mais son ami lui a dit qu’il allait rentrer chez lui, saluer sa famille et nous a promis qu’il allait revenir et rester avec nous. Mon père le remercia. C’était très étrange, de voir une seule personne maîtriser tout un groupe décidé à tuer. Mais, chez nous, c’était loin de la capitale, et il était rare de voir un militaire : c’étaient des gens que nous craignions beaucoup. J’ignore si dans la ville, on avait la même image du militaire, mais chez nous, c’étaient des gens respectables, honorables, des petits dieux qui pouvaient être violents, intelligents, de véritables guerriers. Et quand il nous a donné sa parole d’honneur de revenir veiller sur nous, je me suis senti béni, protégé… Je jetais des coups d’œil à ma mère désespérée, à mes sœurs traumatisées, à mon père qui avait renoncé à son autorité, qui avait peur comme tous les autres. Je ne sais pas, peut-être je devenais un petit fou qui ne souciait de rien, ou qui ne voulait rien voir. Mais de l’autre côté, je n’étais pas un fou, car je savais le malheur qui nous avait encerclé. Le problème, c’est que je me souciais peu du lendemain. Tout le monde était redevenu calme, mais personne ne pensait à son aise. Quelle horrible expérience, de voir les jours passer sans espoir de survivre. J’allais demander à ma mère pourquoi elle m’avait laissé naître mais, Dieu merci, je ne l’ai pas fait, car elle allait passer le reste de sa vie comme une responsable de la souffrance de ses enfants. Moi, j’avais six ans, et ma petite sœur avait quatre ans. Le seul message que j’aimerais passer à ma mère, elle qui a lu dans mes yeux d’enfant colorés en rouge par la haine et le désespoir, c’est que si elle a passé son temps à penser qu’elle était la cause de notre souffrance, et bien, j’aimerais la rassurer et lui dire qu’elle n’y était pour rien. Et qu’elle a su partager tout ce qu’elle savait avec nous. Et que j’étais fier de l’avoir eue comme véritable mère.

Ca me fait mal, de voir l’image de ma mère emprisonnée loin dans mes pensées. Si seulement j’avais la chance de rêver une fois, et de revoir son image tout entière, pas floue, le reste de ma vie serait un cadeau. Je ne suis pas comme les autres, eux dont les cadeaux, les rêves, sont des voitures de luxe, des villas, monter sur la tour Eiffel, ou les autres qui veulent dépenser une fortune pour voir la Statue de la Liberté, ou comme ces businessmen qui ont tout vu et qui veulent aller voir les autres planètes. Pourquoi moi, je suis privé dans mes rêves de revoir ma mère ? Ou, au moins trente secondes, revoir toute la famille rassemblée pour m’encourager. Si j’avais quelqu’un autour de moi, juste pour me comprendre, la terre tournerait moins vite, pour que je puisse admirer la splendeur des fleurs et les couchers et les levers de soleil. Les autres le font pour le bonheur, tandis que moi, je le ferai pour admirer à quel point le soleil est fort, pour résister à la solitude et pour tourner avec tout ce qui tourne. Peut-être que je pourrai en faire autant. Qui sait ?

J’ai donné un nom spécifique à mon cœur : Lily. Pour ne pas me sentir seul. Il a été là pour moi, mais des fois, il n’a pas été d’accord avec moi, au point de rompre. Pourquoi voulait-il me laisser tomber ? A vous de lui demander, peut-être qu’il reviendra. C’est lui qui bat pour moi, et même s’il est horrifié par la terreur de ce maudit monde, n’ai-je pas le droit de vivre ? Maintenant, le monde est en deuil. Vous qui auriez dû décider il y a très longtemps, vous me laissez dans ce désert abandonné par mon propre cœur, à cause d’un seul verbe conjugué en impératif à la deuxième personne du pluriel : « Arrêtez ! » Je sais qu’il y a différentes manières de le dire. C’est pour cette raison que je veux laisser vos cœurs parler au mien, mais ne l’effrayez pas, sinon mon Lily partira pour de bon.

J’étais toujours là, et j’attendais le retour d’une personne qui allait devenir notre bouclier ! Et tout le monde attendait la mort. Personne ne parlait, seulement les regards des perdus. Mes oreilles étaient devenues très sensibles, il était devenu très facile d’entendre les battements de cœur de chacun. Ca m’a fait peur au début, car je croyais que c’étaient des coups de pieds des tueurs qui revenaient chez nous. Les souffles sortaient à peine. J’avais l’impression que tous voulaient se rendre invisibles, mais que les battements de leurs cœurs allaient les trahir. J’étais très fatigué, car ça faisait deux semaines que je ne m’étais pas couché correctement. Chaque soir, vers 21h, nous sortions de chez nous pour aller nous cacher dans la forêt, tout près de chez nous. Mon père avait peur que les assassins viennent en pleine nuit. Et le matin vers 9h30, nous revenions chez nous. C’était vraiment pénible de se coucher dans la forêt. Souvent, il y avait de la pluie. Et en plus, on entendait parler les tueurs sur les barricades, dans les collines, se parler entre eux, de leur travail du lendemain, et comment et où ils allaient tuer des gens. Pour eux c’était une occupation, ils en étaient fiers. Des fois, ils capturaient des Tutsis qui partaient se cacher la nuit dans les collines, et les tueurs poussaient des cris pour s’avertir, et tous ceux des autres collines se pressaient pour avoir le plaisir de tuer des innocents qu’ils appelaient « cafards » ou « serpents ». Et nous, dans la forêt, nous étions là, incapables de réagir, nous ne pouvions pas bouger, la prière était : « Si les brouillards et les nuages pouvaient descendre, pour créer la confusion entre la nuit et le jour ». Ma prière à moi était pire. Je priais le ciel pour que le feu le plus intense descende et couvre tous les tueurs et leurs familles. Je savais que j’allais trop loin en ajoutant leurs familles, mais quand même ! Ces imbéciles ne me laissaient pas le choix. Leur place n’était pas sur cette terre des hommes. Ce sont des monstres. Je naviguais dans mes pensées, quand soudain quelqu’un toqua à la porte. C’était Norbert, l’ami de mon père, qui revenait. Il était armé, une arme à feu « machine gun », des grenades, une baïonnette et une caisse de balles. Il est venu, il s’est installé, et mon père avait peur de lui demandait ce qu’il avait décidé. Norbert disait qu’il était prêt à tout, qu’il allait se battre pour nous jusqu’à la dernière minute. Ce qui veut dire que pour la survie, il ne garantissait rien ! Soit on allait rester là et attendre qu’on soit attaqués, et être à la fin tués par ses propres balles, à la dernière minute, soit on allait rester là jusqu’à l’arrivée du FPR qui s’approchait. Il est resté avec nous, et la peur avait diminué dans notre foyer. Mais sur les collines voisines, c’était autre chose, les femmes étaient violées, les enfants étaient découpés et jetés dans les toilettes, d’autres ont été enterrés vivants, d’autres ont été brûlés vivants dans leurs maisons. Tandis que les monstres à côté, contents du résultat de leur journée, buvaient, chantaient et mangeaient à leur guise. Ils étaient heureux de voir leurs enfants rentrer, et ils étaient heureux de tuer les enfants d’autrui avant la naissance. Franchement, le monde était renversé. Je n’ai jamais compris comment on peut se sentir homme et femme, et prendre plaisir à fabriquer un enfant après une journée de cauchemars. Une journée passée en tuant les enfants, les jeunes, les adultes, les vieux, les sages ; en violant les femmes, en découpant les parties génitales des hommes. En tuant le médecin qui s’était soucié de la vie de leur enfant et de leur mère. En tuant un enfant qui souriait, juste avant sentir couler le sang entre ses quatre premières dents. Que lisiez-vous dans ses yeux angéliques, quand votre main le tuait, lui qui vous souriait malgré sa faim ? Lui qui avait passé du temps sur les seins de sa mère morte, en espérant y trouver quelque chose. Lui qui vous prenait pour des sauveurs, malgré vos yeux de loups.


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cébé

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MessageSujet: Re: Hutu et Tusti   Jeu 30 Aoû 2007 - 19:56

Se souvenir de son enfance : un vaccin contre la tuerie

Toi, tu aurais dû te rendre compte qu’un enfant c’est précieux ! Peut-être ne t’es-tu jamais rappelé de ton enfance. Tout le monde était très content de t’avoir. Ils jouaient avec toi, ils contemplaient tes petits doigts et tu étais fragile, il fallait prendre des précautions pour ne pas te faire mal. Tout le monde était sincère avec toi, et c’était par amour. Tes premiers pas étaient un rêve, et tes premiers mots étaient magiques. Pourquoi tu n’as pas gardé tous ces souvenirs et agi de la même façon ? Toi qui es le seul à avoir été traité avec autant de délicatesse et autant d’amour, tu as été le premier à frapper cet enfant qui ne demandait rien. Je suis désolé de te le dire un peu en retard, de toute façon, ça ne change plus rien, soit, mais au cours de ta création, on a brûlé les étapes. Ou bien tu as été volé par les diables pour la transformation. Peut-être que le monde aurait changé si on avait remarqué ton cas. J’ai franchement peur pour le futur, si les erreurs qui se sont produites reprennent. J’ignore si, à partir des symptômes que tu as manifesté, des recherches peuvent commencer pour aboutir à la vaccination. Mais ça, c’est un rêve. A part ça, les sciences et les idées ne servent à rien, si on ne fait rien d’autre que de te trouver des armes. Au lieu de te combattre. Personnellement, je ne sais pas qui donne les licences, les diplômes, les doctorats… à tous ces ignorants qui ne font que te fournir des armes sophistiquées. Ils auraient dû penser à autre chose. Pourquoi ils n’investissent pas tout cet argent pour diminuer la pollution, par exemple ? Je ne sais plus moi, qu’ils trouvent autre chose, de plus humain. Ca sert à quoi toutes ces bombes, toutes ces armes qui vont détruire le monde ? Et vous vous trouvez où exactement ? Sur de vous, qui que vous m’avez fait croire que c’est rond ? Et que ça tourne dans l’espace ? Moi, je n’ai pas envie de vous regarder en face, vous lirez la haine dans mes yeux. Et mon chagrin.

Essayez un jour de regarder dans leurs yeux, les yeux de tous ces enfants, à qui, au lieu de donner des bonbons et des cahiers d’écoliers, on a donné des armes. Leurs yeux vous parlent, et savez-vous ce que disent leurs cœurs ? « Je tue des innocents pour manger à ma faim. » D’après vous, ces enfants, quand ils seront adultes, qu’est-ce qu’ils vont devenir ? Ce qui me fait de plus en plus peur, c’est que, quand les médias remarquent de tels cas et qu’ils en font un reportage, tous ces petits loups racontent leur bagarre en souriant.

Nous étions toujours là, dans notre petite maison, la vie était dure, les assassins avaient peur de venir chez nous à cause de Norbert, on ne mangeait presque rien, heureusement il pleuvait, l’eau était toujours là, pas potable mais disponible. Norbert est resté chez nous un mois et quelques jours. La guerre qui opposa le FPR et le gouvernement commençait à se sentir. Notre petite ville a été envahie par des réfugiés venant du nord du pays. Ils disaient que le FPR tuaient les Hutus qui étaient restés dans les collines. La plupart étaient blessés, les autres étaient presque morts de faim. Plus le FRP avançait, plus les assassins reculaient. Et un jour, Le FRP est arrivé dans notre petite ville.

Nous avons vu… Nous avons vu… On n’était pas les seuls. Et les autres, que vont ils nous dire ? Qu’ils ne disent rien, mais qu’ils changent des choses. Et l’homme sans cœur, le petit disciple du Monsieur Monde, a voulu se servir de moi pour accuser des hommes et des femmes qui ont tout fait pour verser le sang des innocents. C’est mon corps que j’envoie sous forme d’écrits, ce n’est pas l’encre que je fais couler, mais mon sang.

Moi, mes deux sœurs et ma mère devrions être tués, c’était le règlement de ces imbéciles qui se croyaient les maîtres du monde. Mon père n’était pas d’accord, il a tout fait pour nous protéger jusqu’à l’arrivée de son ami qui était militaire, et grâce à sa protection nous n’avons pas été tués pendant le génocide de 1994. Juste après, nous sommes partis nous réfugier dans un camp de Kibeho, dans le sud du Rwanda, et dans le camp mes deux sœurs et ma mère ont été violées et tuées, et moi j’ai été grièvement blessé. Mon père et moi avons pris la fuite pour nous réfugier aux environs de la capitale, Kigali. Et après, mon père a été tué par le FPR, parce qu’il était soi-disant un infiltré. Les « infiltrés », c’était un nom que le FPR avait donné aux Hutus qui s’étaient réfugiés dans les pays limitrophes, et qui rentraient au Rwanda pour tuer. C’étaient des Hutus qui continuaient à tuer ! Je suis désolé pour cette phrase qui m’échappe. C’est vrai qu’il existe des Hutus sans cœur qui s’appellent Interhahamwe. C’est un groupe d’imbéciles qui ne devrait pas exister. Et le FPR a tué mon père, la seule personne pour qui je pourrai jurer sur ma tête qu’il n’y était pour rien ! Cet homme avait perdu sa femme et ses filles, et était resté avec un petit rien ! Ne vous étonnez pas si je me traite de rien. C’est que je ne vaux rien. Il a été tué, et j’étais vraiment seul, sans rien, rien qu’avec mes yeux pour pleurer. Et mon cœur pour battre sans se battre. En 1994, j’étais considéré comme Tutsi à cause de ma mère, et je détestais tous ces Hutus qui ont poussé la lâcheté jusqu’à tuer ma mère et mes sœurs. En 1998, les Tutsis tuent mon père en disant qu’il est Hutu. Si je me suis appelé un « petit rien », c’est que je ne serai jamais à la hauteur de faire un dixième de ce que a fait mon père pour défendre les siens. Mettez-vous à ma place, vous préfériez être quoi ? Je veux dire, de quelle ethnie ? Je vais être plus précis : celle qui a tué ma mère et mes sœurs ou celle qui a tué mon père ? Je déteste tout le monde, et je préfère mourir que d’être appelé un Tutsi ou un Hutu ! Ca m’a choqué, quand je suis arrivé en Belgique, e j’étais gêné de dire que je suis un Rwandais. Un jour, une jeune fille blanche que je trouvais jolie,et qui me trouve beau, m’a demandé de parler de moi. J’ai commencé par « Je suis Rwandais »… Elle ne m’a pas laissé continuer, elle m’a arrêté en me demandant si j’étais Hutu ou Tutsi. Je ne me suis pas marré, et je parlais très mal sa langue. J’ignore si elle a tout compris, mais je lui ai raconté quand même. Puis j’ai été bloqué dans la conversation. Je ne veux pas être appelé Hutu ou Tutsi. C’était ça ma réponse. Elle n’a pas voulu insister sur ma réponse, et je me suis donné la peine de lui expliquer, et elle a vite compris. Au moins elle, elle a compris, mais les autres qui me posent la même question, je n’arrive pas à leur expliquer. Je préfère qu’on m’appelle moi ou rien. Vous vous imaginez : être appelé « moi » ou « rien » !

Seul, tout seul, je revoyais mes morts

Après la mort de mon père, seul et perdu, j’ai décidé de rentrer chez moi. Seul, désespéré, je suis rentré là où nous habitions avant 1994, à Kadhua, toujours au sud du Rwanda. Et j’avais dix ans ! Je pleurnichais, je tremblais, j’avais faim et j’ai pris le taxi pour me rendre à Kigali, pour prendre le bus qui devait m’amener chez moi. J’avais pris l’argent que mon père m’avait laissé sous son matelas. Il m’avait laissé 1 500 FRW, soit 40 dollars (valeur de 1998), pour m’en servir, au cas où. On dirait qu’il savait ce qui l’attendait. De là où j’habitais, à Nyamata, pour se rendre à Kigali-Ville, c’était quarante minutes, et le taxi était à moitié rempli. Normalement, dans le taxi, il y a dix-huit places, et nous étions douze personnes, si ma mémoire est bonne. Le chauffeur avait ajouté qu’il allait se dépêcher pour que je ne rate pas le bus. Je suis entré dans le taxi pour attendre six autres personnes, et après on est parti. En arrivant à Kigali, le chauffeur m’a dit que je pouvais rester dans son véhicule et qu’il allait m’aider pour acheter le ticket de bus. Dans ma tête, je me disais que j’allais retrouver ma mère et mes sœurs chez moi, à la maison, et mon cœur me disait que je me trompais, et qu’il était sûr et certain qu’elles ne seraient pas à la maison. Le seul mot que je ne voulais pas entendre, c’était : « Elles sont mortes, elles ne sont pas à la maison, et tu seras seul, tout seul. » Je respirais avec peine et mon cœur battait fort. Je suis parti, le cœur en sanglots, et personne ne me demandait pourquoi j’étais si triste. Rien que des égoïstes qui ne pensent qu’à eux. J’étais vraiment perdu, et les arbres se déplaçaient, et je les voyais à peine. Et je me suis inquiété davantage, moi qui n’avait presque jamais voyagé. Me voilà dans ce bus, qui comptait une centaine de personnes qui mangeaient des pains coupés et qui buvaient leur lait concentré, comme si c’était leur première ou dernière journée dans ce maudit monde. Et ils ne se souciaient de rien, même pas d’un enfant qui ne voulait entendre qu’une simple phrase : « Pourquoi pleures-tu, mon garçon ? » La haine poussait en moi comme une fumée d’herbe humide, tout à coup je sentais une très haute température et j’avais envie de mourir avec toutes ces bêtes qui ne pensaient qu’à leur estomac.

Les jours sont vite passés, mais mal.

Passeport, couleur bleu ciel

Un lundi matin, un jour comme les autres, un homme vêtu en noir, tout en noir, que vous appelez un black et qui parlait ma langue, est venu chez moi pour me dire : « Ca y est, il est temps, nous partons aujourd’hui à 17h, prépare-toi. » Sûr de lui-même, il fait descendre sa main droite dans sa poche et il me montre un petit carnet bleu ciel. Sur ce carnet, il y avait écrit en grands caractères : « passeport ». Il l’a ouvert à la page où il y avait la photo, et il dit : « Cette personne te ressemble beaucoup, donc c’est avec ce passeport que nous pouvons voyager. » Il me regarda avec un regard intimidant et me dit : « Pendant tout le voyage, tu ne dis rien ! C’est moi qui parle et toi, tu suis mes pas. C’est compris ?» Et je réponds : « Oui, monsieur. » Simplement. Ca fait très peur, je le jure. A 16h, le monsieur revient dans un taxi voiture, et il m’ordonne de monter. Il était surpris parce que je n’avais presque rien avec moi, juste un petit sac noir qui était presque vide. Pendant un trajet qui a duré trente-cinq à quarante-cinq minutes, personne ne parlait dans la petite voiture blanche. Je ne savais pas où j’allais. C’était une aventure comme toutes les autres, sauf que je fuyais la mort, dans la mort et par la mort. On m’avait ordonné de me taire et de ne rien faire de suspect. D’ailleurs, je ne savais pas ce qu’on voulait dire par suspect. Quand le petit taxi arriva à l’aéroport, le monsieur m’examina, il remarqua que je transpirais et il me dit de ne pas m’inquiéter. On avança vers le contrôle. Le monsieur connaissait le policier qui contrôlait les carnets. Il les examina sans faire trop attention et il nous a fait signe d’entrer. Le monsieur me fit signe de monter à l’étage, avec lui. Au deuxième contrôle, le monsieur connaissait aussi un des officiers. Et on avança vers la salle d’attente. Les gens regardaient la télé, d’autres vérifiaient et cherchaient des choses dans leurs sacs à main, tandis que d’autres faisaient des tours dans la salle. Mais mon cœur était dérangé. Vers 17h, les portes s’ouvraient, deux jeunes filles très jolies se tenaient debout à la porte, et les gens commençaient à avancer vers elles, et on leur montrait des papiers pour passer. Le monsieur leur montra le carnet bleu ciel, et on passa sans problème. Nous étions montés dans l’avion. J’avais peur, mais j’avais perdu la notion de curiosité. L’avion me faisait peur, mais quand il s’agit de sauver sa vie, rien n’a plus d’importance. De l’aéroport jusqu’à Bruxelles, avant que l’avion n’atterrisse, il m’a répété la même phrase quatre fois. « Fais comme si tu étais malade et ne parle pas, pas un seul mot, que ce soit dans ta langue ou dans une autre langue. Et laisse-moi faire mon travail. » Et je me suis senti malade. Il m’a pris par la main comme si j’allais tomber, et moi je me suis appuyé sur lui. J’ai vraiment fait un très bon malade, et ça a marché. On s’est mis en ligne devant le guichet. Le monsieur a montré les carnets, et le vieux derrière le guichet lui a demandé ce qui n’allait pas. Le monsieur lui a expliqué que je n’aimais pas voyager, le vieux a cacheté les carnets et nous sommes passés. Lui, il était soulagé, et souriant, pour une fois, et il a dit : « Ca y est, on y est. » On est sorti de l’aéroport, et nous avons pris un taxi qui nous a amené dans un lieu où il y avait beaucoup de gens, et beaucoup de Noirs. C’était à Matongé. Nous sommes entrés dans un cabaret, il m’a acheté un coca, il m’a donné vingt euros et il m’a dit de l’attendre. J’ai vraiment attendu ! Je suis arrivé à 20h30 dans le cabaret et il m’a laissé à 21h. Il est revenu à 3h du matin. Et il est reparti en me disant qu’il repasserait me prendre. Et il est revenu vers 5h30 du matin. Il faisait froid, très froid, mais j’étais perdu dans un autre monde. Il m’a amené à l’Office des Etrangers en me disant que sa mission finissait.


Leur regard, à l’Office, me dénude de mon propre malheur

J’ai fait un long voyage pour me rendre sur une terre inconnue. Je suis venu dans votre pays, j’ai pensé être secouru. J’ai été à l’Office des Etrangers, on m’a demandé de reparler de toute ma vie, d’être précis sur les lieux et les dates, de A à Z. Je pleurais, pas pour attirer l’attention, mais parce que je revivais les moments les plus durs, je voyais les mêmes images, je voyais des images et des images… Ils me disaient : « Tu as fini de pleurer ? » Je répondais que j’avais fini et ils me demandaient de reprendre, et on a repris. Mais je ne pouvais pas continuer, car le désespoir m’empêchait de respirer. Et personne ne voulait de moi. Et je me posais toujours la même question : tout simplement, si le monde ne voulait pas de mon sang, mélangé à la haine et la colère, dans un verre de désespoir.

Je voudrais dire que les Belges ont un cœur. Tout ce que je répétais, ils l’ont valorisé et ils m’ont aidé. Je suis à l’école, et ils m’ont donné une chance provisoire de vivre ma vie, ils m’ont donné une clef qui ouvre une porte pour vivre définitivement une vie normale et sans crainte. Mon cœur commence à battre de moins en moins vite, il se sent prêt à être enfin libre. Il pense que c’est un peu tard, car de six à dix-sept ans, il n’a jamais été stable, mais grâce aux Belges et à la Belgique, il ira de mieux en mieux. Et je suis prêt à servir la Belgique qui m’a valorisé. L’espoir que j’avais perdu, les droits dont on m’avait privé, je les ai retrouvés. Sur une terre d’hommes différents.

Décembre 2006, Bruxelles.

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MessageSujet: Re: Hutu et Tusti   Jeu 30 Aoû 2007 - 20:08

cébé a écrit:
Sans pouvoir obtenir des réponses et souvent sans savoir poser les bonnes questions ...

Comment gérer cela ?

Peut-être en renoncant aux questions ?

Obtenir des réponses est peut-être parfois pire que de ne pas en obtenir.
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MessageSujet: Re: Hutu et Tusti   Jeu 30 Aoû 2007 - 21:43

Il y a des vérités qu'il vaut mieux ignorer dans certains cas.
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MessageSujet: Re: Hutu et Tusti   Ven 31 Aoû 2007 - 7:44

Atil, Pizza Man , le problème est que l'Homme est un être de communication pour commencer, ensuite il veut toujours aller au bout de ses recherches, de ses questions.
Imagine que ta fille disparaisse! ... tu passeras le reste de tes jours à vouloir connaître la vérité. Que lui est-il arrivé? ... Où est-elle ? .. Vit-elle encore ? ... Qui l'a enlevée? ... Pourquoi ? ... Que lui a-t-on fait ? ... Comment la retrouver? ... Est-ce que je fais tout pour cela ? ... que puis-je encore faire ? ... Vers qui demander de l'aide ? ... etc ...
...Une fois que toutes les réponses sont là, c'est déchirant peut-être, abominable, humainement insupportable , mais ne pas savoir est encore pire que d'être confronté à ce qui est.

L'ignorance est la pire des choses.

Ces cas décrits dans le témoignage du jeune Augustin ou les cas de figure que nous pouvons inventer sont des extrêmes. Ils ne sont pas notre quotidien, heureusement.

Mais le besoin de savoir, quand une perte nous surprend, nous est familière selon le même schéma.

L'ignorance ....

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MessageSujet: Re: Hutu et Tusti   Ven 31 Aoû 2007 - 8:07

Pardonner à l'autre.

Ce qui ne devrait pas être trop compliqué, quand on comprend que d'une manière ou d'une autre, on ne méritait pas mieux.
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cébé

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MessageSujet: Re: Hutu et Tusti   Ven 31 Aoû 2007 - 8:46

Pardonner .... oui Angelo! .. mais le pardon en lui-même est un processus, ce n'est pas un acte posé. C'est même un processus qui exige toute une vie dans les cas les plus lourds.
Ceci dit, se trouver indigne (dans l'absolu, qui te fait dire qu'"on ne méritait pas mieux") et pardonner est limite de l'orgueil. Car enfin! .. pardonner quand on est un rien du tout, c'est déjà fort.... c'est la preuve qu'on ne se trouve pas rien du tout puisqu'on reconnaît l'offense faite et qu'on se permet le pardon en sus ...
Paradoxe humain, n'est-ce pas ? .. qui nous fait humble et orgueilleux à la fois ....

Que faire alors quand on se sent limace face au soleil ? .. on se cache sous les feuilles de salade, peut-être .... mais surtout, on subit sans se poser de question.
Personnellement, je dirais plutôt qu'il s'agit de faire comme le tournesol. Suivre le mouvement, comme quelque chose de naturel ...
Digression phytométaphysique close clin d'oeil

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MessageSujet: Re: Hutu et Tusti   Ven 31 Aoû 2007 - 9:06

cébé a écrit:
Pardonner .... oui Angelo! .. mais le pardon en lui-même est un processus, ce n'est pas un acte posé. C'est même un processus qui exige toute une vie dans les cas les plus lourds.
Ceci dit, se trouver indigne (dans l'absolu, qui te fait dire qu'"on ne méritait pas mieux") et pardonner est limite de l'orgueil. Car enfin! .. pardonner quand on est un rien du tout, c'est déjà fort.... c'est la preuve qu'on ne se trouve pas rien du tout puisqu'on reconnaît l'offense faite et qu'on se permet le pardon en sus ...
Paradoxe humain, n'est-ce pas ? .. qui nous fait humble et orgueilleux à la fois ....

Que faire alors quand on se sent limace face au soleil ? .. on se cache sous les feuilles de salade, peut-être .... mais surtout, on subit sans se poser de question.
Personnellement, je dirais plutôt qu'il s'agit de faire comme le tournesol. Suivre le mouvement, comme quelque chose de naturel ...
Digression phytométaphysique close clin d'oeil
Je ne suis pas d'accord : pardonner à Dieu serait orgueilleux, mais pardonner à un "frère en humanité", qui n'est pas plus grand que nous, c'est le traiter en égal, en frère... en quoi serait-ce de l'orgueil ? ("pardonne-nous nos offenses comme nous pardonons à ceux qui nous ont offensé").


Le pardon est effectivement un long processus pénible et je ne crois pas qu'il existe de programme tout fait. Je me demande d'ailleurs si dans ce topic, tu ne demandes pas un programme...
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Atil

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MessageSujet: Re: Hutu et Tusti   Ven 31 Aoû 2007 - 9:42

Vouloir comprendre c'est une excuse pour repousser à plus tard le moment ou on pardonnera.
Si on met une condition à son pardon alors le pardon ne sera pas profond.
On ne peut pardonner vraiment que lorsqu'on se fiche de savoir.

Vouloir savoir c'est jouer un jeu dangereux , un jeu de quitte ou double : une fois qu'on a Pizza Man , le problème est que l'Homme est un être de communication pour commencer, ensuite il veut toujours aller au bout de ses recherches, de ses questions.

Citation :

Imagine que ta fille disparaisse! ... tu passeras le reste de tes jours à vouloir connaître la vérité. Que lui est-il arrivé? ... Où est-elle ? .. Vit-elle encore ? ... Qui l'a enlevée? ... Pourquoi ? ... Que lui a-t-on fait ? ... Comment la retrouver? ... Est-ce que je fais tout pour cela ? ... que puis-je encore faire ? ... Vers qui demander de l'aide ? ... etc ...
...Une fois que toutes les réponses sont là, c'est déchirant peut-être, abominable, humainement insupportable , mais ne pas savoir est encore pire que d'être confronté à ce qui est.

Ma copine est décédée et je ne sais pas dans quelles circonstances.
Pourquoi est)-elle morte chez elle mardi alors qu'elle devait entrer à l'hopital lundi ?
Je ne le saurai jamais.
Est-ce l'hopital qui a failli ?
Est-ce elle ?
Je ne saurais jamais.
... et je m'en fiche : ca n'a aucune importance.
Sauf si j'ai envie de trouver des responsables à haïr.
Mais cela équivaudrait à refuser de laisser ma blessure se refermer.
Donc vouloir savoir c'est souvent chercher une excuse pour haïr et non pas pour pardonner.
Certains disent vouloir comprendre les "fautifs " pour mieux leurs pardonner.
Mais ce n'est pas du vrai pardon : le vrai pardon libérateur c'est quand on parvient à ne même plus désirer savoir. Quand on s'en moque.



Citation :
L'ignorance est la pire des choses.

>>Moins on sait et moins on se tourmente.
Ce n'est pas l'ignorance qui rend malheureux, mais le fait de désirer un savoir inaccessible.
La sérénité c'est abandonner tout désir ... y compris même le désir de savoir.
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MessageSujet: Re: Hutu et Tusti   Ven 31 Aoû 2007 - 9:52

Atil a écrit:
La sérénité c'est abandonner tout désir ... y compris même le désir de savoir.
On sait, Atil, on sait ... tu répètes toujours la même chose
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MessageSujet: Re: Hutu et Tusti   Ven 31 Aoû 2007 - 13:15

Il y a justement un marmot comme tant d'autres, disparu depuis plus de 5 semaines dans mon patelin. On voit souvent les parents à la TV, hyper torturés, déchirés, faisant appel à tous les moyens possibles afin de retrouver leur fils. Depuis le début, je les vois progressivement sombrer dans le délire et le désespoir.

Au début ils avaient l'air confiants et peu à peu, ils deviennent de plus en plus agités, et j'ai même vu la mère devenir complètement folle publiquement devant les caméras. C'était pas joli à voir. Elle voulait dans un élan toutes les questions à ses réponses, elle aussi, comme pour ajouter à sa douleur au lieu de lâcher prise et s'en remettre aux professionnels.

Moi si je vivais la même situation je ferais déjà mon deuil ! Ainsi mon chagrin ne serait pas cultivé et prolongé. Ma douleur serait momentanée.
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MessageSujet: Re: Hutu et Tusti   Dim 2 Sep 2007 - 18:13

La souffrance, (morale) est beaucoup plus simple à gérer.
La nier permet de la faire disparaitre.
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MessageSujet: Re: Hutu et Tusti   Dim 2 Sep 2007 - 18:50

Nier ses émotions et ses sentiments (souffrance morale) est un mauvais calcul. Nos émotions et nos sentiments ne se laissent pas balayer d'un revers de main, ils se réfugient dans ce qui devient une zone d'ombre en soi ... prêts à exploser à la moindre "bonne" occasion ...








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MessageSujet: Re: Hutu et Tusti   Dim 2 Sep 2007 - 20:15

C'est complètement vrai. Mais zone d'ombre ou jardin secret, finalement... quelle différence?
La beauté d'un jardin peut très vite céder la place à une décharge sauvage.
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