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 Auschwitz et les artistes

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AuteurMessage
claude paquet



Nombre de messages : 43
Date d'inscription : 17/07/2009

MessageSujet: Auschwitz et les artistes   Mer 28 Jan 2015 - 18:51

Hier on commémorait la libération du camp de concentration d'Auschwitz où le monde découvrit l'horreur nazie. Puisque l'art fait partie de l'histoire voici une courte réflexion sur le sujet.

D'où l'artiste moderne tire-t-il cette impunité qui le soustrait de
rendre des comptes à la communauté ? Les artistes du XXe siècle ont-ils
travaillé dans le sens de la liberté ? N'y a-t-il pas au contraire trop
d'artistes, de philosophes qui se sont commis envers les pires despotes et
sacralisés les barbaries totalitaires ? Au nom de quoi ces citoyens collaborateurs
seraient tenus à l'écart du jugement d'autrui ? Pourquoi l'artiste,
cet homme ou femme ne répond de rien à personne ? Au nom de la liberté
artistique, dites-vous ! Vraiment ?

Nous nageons encore en pleine illusion romantique de "l'artiste rebelle à
toute cause, insolent, indépendant. " Dès l'aube du XXe siècle, les artistes,
écrivains et théoriciens de la modernité ont démontré le contraire. Autant
à Paris et Rome, Berlin et Moscou, l'intelligentsia avant-gardiste flirta
avec la terreur. L'analyse historique de Jean Clair dans La responsabilité
de l'artiste montre que "l'avant-garde s'est non seulement modelée sur les
utopies politiques d'extrême droite autant que d'extrême gauche, mais
qu'elle en a fourni aussi les principaux articles de foi. " L'après-guerre fut
définitivement le moment charnière où les avant-gardes se sont effondrées.
Les idéologies de la table rase, la rupture systématique avec la tradition,
la période des manifestes et des slogans "changer la vie" pour
mieux "transformer le monde", la symbiose obligée entre révolution artistique
et révolution idéologique, tout cela tomba en ruine. L'écroulement
des grandes utopies totalitaires ne pouvait qu'entraîner les avant-gardes
collaboratrices dans leur chute. À force de radicalisation, on finit par frapper
le mur de l'impasse.

"J'ai vu croître et se répandre sous mes yeux les grandes idéologies de
masse, fascisme en Italie, national-socialisme en Allemagne, bolchevisme
en Russie et avant tout cette plaie des plaies, le nationalisme qui a empoissonné
la fleur de notre culture européenne. Il m'a fallu être le témoin sans
défense et impuissant de cette inimaginable rechute de l'humanité dans un
état de barbarie qu'on croyait depuis longtemps oublié, avec son dogme
anti-humanisme consciemment érigé en programme d'action. " (Zweig)
"Leur prédilection pour le crime, pour l'outsider satanique, pour la
destruction de la civilisation est notoire. (...) La notion d'avant-garde a pris
dès lors un sens fâcheux que ses premiers tenants n'auraient jamais imaginé"
(Eizensberger cité par Clair, La responsabilité de l'artiste, p.18-19)

Toutes les avant-gardes artistiques se sont montrées d'une manière ou
d'une autre conciliant envers les nouveaux despotes, au même titre que ces
savants, chimistes, ingénieurs qui mirent leur savoir technique au service
de l'idéologie nazie. Si l'artiste tente de prendre le contrôle de la "révolution",
il est immédiatement exclu et condamné aux bagnes ou à l'exil. Oui
l'avant-garde en Russie et en Allemagne a été rejetée, des artistes massacrés,
torturés, emprisonnés mais, après avoir servis à bâtir l'idéologie
qui les aura détruit. Voilà ce qui arrive quand "le moi" de l'artiste tente de
rivaliser avec l'"ego" du despote. Faut-il pour cela les exonérer d'avoir
flirté avec la terreur ?

Autant en Russie, en Allemagne, qu'en Italie, plusieurs artistes, loin de
contester, ont donc participé activement, à leur début avant d'en être
exclus, à l'édification des systèmes totalitaires. Ce sont les affiches futuristes
qui firent la propagande du fascisme, ce sont les architectes du
Bauhaus qui dessinèrent les plans des camps de concentrations et autres
chantiers et travaux de planification du Troisième Reich. Pour ces artistes
et architectes de l'intérieur nous pouvons facilement comprendre qu'ils
aient accepté, menacés de chômage, de travailler pour les nouveaux
dirigeants. Mais que dire du fondateur du Bauhaus, Gropius, réfugié aux
États-Unis, qui, néanmoins décide de participer en 1933 et 1934 aux concours
d'architecture du Reich, qui collabore à la conception des expositions
de propagande et décide en toute liberté d'adhérer à la Chambre de
la culture de Goebbels. Que dire du français Le Corbusier qui fit sans gêne
des "offres de services" à Mussolini et à Staline ? (Jean Clair, La responsabilité
de l'artiste, p.55-57)

Par son pouvoir de séduction, l'art se propose de révéler une certaine
"vérité" du monde dans son contexte historique. Mais ce devoir de vérité
comporte sa dose de responsabilité.
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